Ensemble Vocal de Saint François Xavier

Fin du XIXe siècle, "mauvais temps" pour le personnel musical !

Comme en témoigne la correspondance ci-dessous, à la fin du XIXe siècle, les finances de la paroisse Saint François Xavier sont au plus bas. C'est ce qui conduisit la paroisse à se résoudre au « licenciement économique » d'Emile Boussagol.

Nous tenons à souligner que cette décision douloureuse fut liée non pas à une incompétence ou à une volonté « anti musicale » du clergé mais au délabrement des finances de l’église organisé par l’État français à la fin du XIXe siècle. En effet que la paroisse Saint François Xavier eut à souffrir comme les autres de dispositions gouvernementales visant à ruiner les paroisses faire fermer les congrégations. Les difficultés financières ont obligé la paroisse à se tourner vers le Chanoine Louis Lazare Perruchot qui concentrait les compétences d’organiste accompagnateur et de chef de chœur. Les quelques années qui ont suivi ont démontré que le chanoine représentait bien plus qu’une « simple solution économique ». C’est lui en effet qui fonda la prestigieuse maîtrise de Saint François Xavier, maitrise qui faisait figure de précurseur dans l’application du Motu proprio de saint Pie X et se distinguait, tant par ses performances musicales que par sa piété.

Au delà de la description du contexte financier, ces courriers donnent des informations précieuses sur ce qu’était le dispositif musical à cette époque dans une grande église parisienne. 

N.B. : Il n’est pas fait mention de la maîtrise qui sera créée par la suite par le Chanoine Perruchot. (Cela explique pourquoi les motets composés à cette période par Adolphe Marty, tels le Tu es Petrus requièrent quatre voix d’hommes ...).

Paris le 5 septembre 1896

Monsieur le Trésorier,

J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre en date du 4 septembre 1896.

Il est constant que M. Verclytte se retirera de son plein gré le 1er décembre prochain, ayant une autre situation dans le commerce.

Je m’incline devant la décision prise me disant de ne pas remplacer ce dernier jusqu’à nouvel ordre.

Mais permettez-moi de vous signaler, dès à présent, les difficultés et les plaintes qui von incontestablement se produire en réduisant le service de trois basses à deux chantres :

Le personnel se trouvera maintenant réduit à :

1° Deux chantres (basses)
Un baryton
Un ténor (soit quatre personnes)

Tout ce qui, en musique sérieuse devient sinon impossible, du moins très faible et mauvais : à tout moment, dans le courant des morceaux, il y a des divisions de 2e ténor et 1ère basse.

N’ayant plus ce genre de voix, cela laisse un vide et rend, forcément, l’exécution inférieure.

2° Deux chantres ne peuvent pas suffire pour le service du dimanche et petites fêtes, et encore moins aux grandes.

Le baryton peut aider mais il n’est pas possible qu’il chante

1° les solos
2° les duos
3° les ensembles
4° les psaumes

Pour une paroisse comme Saint François Xavier où à juste raison on tient à ce que les offices soient faits comme dans les premières paroisses, ce petit nombre est trop restreint.

Dans aucune église de Paris, même de 2e ordre, il ny a si peu de personnel.

Malgré le grand désir de vouloir avoir une maîtrise artistique, cela ne peut être, même en prenant des supplémentaires les jours de fêtes. N’ayant pas sous la main les artistes supplémentaires pour répéter, on n’obtient jamais qu’une exécution médiocre et pour avoir des exécutions parfaites, il faut les préparer plusieurs mois à l’avance.

Voilà Monsieur le Trésorier, pourquoi je demande, et cela uniquement dans l’intérêt de la paroisse qu’on veuille bien ne supprimer personne.

J’ai à cœur les belles et bonnes exécutions depuis sept ans que je suis maître de chapelle à l’église St François Xavier soit en bonne réputation.

Quoiqu’il arrive cependant je ferai toujours de mon mieux pour obtenir les résultats les plus brillants ; mais je tiens essentiellement à ce qu’on ne vienne pas me dire que c’est mauvais. C’est pourquoi je crois de mon devoir de vous prévenir à l’avance de ce qui pourrait arriver.

Agréez, Monsieur le Trésorier, l’expression de mes sentiments les plus respectueux et dévoués.

E. Boussagol

Ps. Veuillez je vous prie soumettre ma demande au Conseil de Fabrique dans la plus prochaine séance.

1896,05,11
1896,05,11
1896,05,11

1896,05,11

La situation a évolué. Renvoyé, Monsieur Boussagol fait "valoir ses droits".

Le 19 avril 98

A Monsieur de Bournanville Trésorier du bureau du Conseil de Fabrique et à Monsieur de Falloy Trésorier.

Messieurs,

Comme vous le savez par suite de mesures prises par l’abbé Gréa curé de St François Xavier, j’ai été remplacé comme maître de cette église.

Monsieur le Curé m’a fait valoir les raisons d’économies qui militaient en faveur de la suppression du maître de chapelle et de l’organiste de chœur et de leur remplacement par un ecclésiastique capable de tenir les deux emplois et en même temps que d’aider au service du culte.

Il n’était pas possible en effet d’imaginer d’autres motifs pour me congédier car je ne crois pas durant les huit années pendant lesquelles j’ai dirigé la chapelle avoir donné lieu à un seul reproche.

Dans ces conditions je crois pouvoir solliciter de la bienveillance du conseil de fabrique l’indemnité que l’on accorde toujours dans les cas semblables dans les églises de l’importance de celle de St-François Xavier.

Lorsqu’on se sépare d’un fidèle serviteur, on alloue soit une pension soit une indemnité à titre de remerciements pour les services rendus.

N’ayant jamais eu qu’à me louer des marques de sympathies qu’ont bien voulu me donner messieurs les membres du conseil de fabrique, je tiens à vous prier messieurs de bien vouloir être mes interprètes auprès de messieurs vos confrères et de me faire obtenir une demie année de traitement soit douze cent francs (mon traitement étant de 2.400 l’an) à titre de gratification.

Daignez agréer Messieurs l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

E. Boussagol

1898,04,19
1898,04,19
1898,04,19

1898,04,19

Emile Boussagol (1854-1917)

a étudié au Conservatoire de Paris avec Conrad Prumier. Il fut harpiste à l'Opéra de 1874 à 1897, et a été maître de chapelle à Notre-Dame de-Bonne-Nouvelle et à Saint-François-Xavier.

Parmi les différents postes administratifs, il a été directeur du conservatoire de Rennes, ainsi qu’à La Bourboule et Luchon. Il a composé la musique vocale et orchestrale, et un grand nombre d’œuvres pour instruments à vent avec accompagnement de piano, probablement pour les examens annuels. 

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